Mes enfants, bonjour !
Vous me paraissez surpris ?! Rassurez-vous, si je ne reviens en ce bas monde qu’une fois tous les 100 ans, je ne vais m’exprimer que quelques minutes. Non pas pour parler de politique, qui m’a néanmoins occupé pendant 53 ans (et j’aurai bien des choses à dire !), mais pour évoquer notre école d’agriculture.
Lorsque, au soir du 17 juin 1917, j’ai entrepris la rédaction de mon testament, je pressentais l’intérêt que représentaient alors mes domaines de La Cassière et du Chaussadis pour l’avenir du département de la Creuse en général et pour celui de notre agriculture en particulier.
Comme vous le savez, l’un de mes objectifs, au crépuscule de ma vie, était d’établir une école pratique d’agriculture destinée principalement à former de bons cultivateurs et de bons éleveurs, ainsi qu’une école ménagère. Mes domaines, avec le château, entourés de bois de haute futaie et idéalement situés au centre du département, me paraissaient être des bases solides pour un tel projet.
De mon vivant, j’en ai entendu des choses : « Fifi Defumade », « Bébé Defumade, si correct dans sa tenue, si effacé dans ses fonctions » … Un siècle après ma mort, j’en entends encore, mais le ton a légèrement changé : homme politique acharné, soucieux de la protection de la nature et de l’environnement, philanthrope fortuné, visionnaire amoureux de l’agriculture, généreux donateur, défenseur de l’intérêt général et du bien commun… Allez y faire !
Si la pose de la première pierre a été réalisée le 26 septembre 1923, l’ouverture de l’école a eu lieu le 19 octobre 1925. Je n’aurai pas imaginé un pareil développement ni surtout une telle diversification depuis un siècle ! De 145 à 365 hectares, de 60 à 400 élèves, l’apparition des filières Gestion et maîtrise de l’eau, Patrimoine, services aux personnes… C’est avec plaisir que j’ai pu voir plusieurs générations de directeurs, professeurs et personnels œuvrer, année après année et décennie après décennie, à la notoriété de cette école. L’établissement a su répondre aux besoins de la société en s’adaptant aux évolutions techniques et environnementales. Car oui, ne vous y trompez pas, depuis tout ce temps, j’ai un œil sur ce qui se passe dans mon ancienne circonscription !
C’est encore avec davantage de plaisir, et une certaine émotion, que je vois l’Amicale des anciens élèves, toujours en activité et bien vivante, depuis 1926. Depuis les élèves sortants de la promotion 1924-1926, membres de la première heure, à vous-mêmes, présents aujourd’hui. J’ai toujours veillé à soutenir les associations, à commencer par les sociétés de vétérans de la guerre de 1870, terrible guerre dont je me souviens… cela ne date pas d’hier !
Au cours de leurs années d’études en ce lieu, les anciens élèves ont appris à vivre ensemble, se sont construits, ont forgé de solides amitiés dans ce creuset commun, avant bien sûr que chacun ne suive sa propre route. L’Amicale permet de consolider ces liens d’amitié dans un esprit de solidarité, notamment avec le bulletin annuel publié depuis 1930, malgré une interruption de 1940 à 1946 pendant la période de guerre (encore une !).
C’est aussi un lieu de réflexion, organisant des conférences et débats sur des sujets d’actualité tels que les circuits courts ou l’avenir de la ruralité… des sujets qui animaient déjà mes campagnes électorales.
Mes enfants, mes amis, je vous laisse à vos activités. Puissent-elles durer encore longtemps.
Je repasserai pour le bicentenaire de l’Amicale… en 2126.
Sur une proposition de Serge Givernaud
un texte de Pierre-Alain Caunet
dans le rôle du Sénateur Gérard Pradeau
Costumière Lucienne Decressac
Le chauffeur et sa voiture Michel Gastal
Vidéos Dominique Marcicaud

